En déplacement vendredi 24 février 2012 à Cergy-Pontoise (Val-d'Oise), M. Guéant, le ministre de l’Intérieur, a proposé la mise en place d’une mission interministérielle afin de "renforcer la prévention" en matière de lutte contre les bandes, et traiter le problème "encore plus en amont".

"Il est important que nous puissions récupérer les jeunes qui sont en train de verser dans la violence avant qu'il ne soit trop tard", a-t-il ajouté. La prévention ? On avait oublié tout ce lexique, ou peu s’en faut.

Deux ans après la loi dite « anti-bandes » du 2 mars 2010 et qui visait à pénaliser plus certains délits et qui définit comme un délit, passible d'un an de prison et de 15.000 euros d'amende, le simple fait d'appartenir à une bande en vue de commettre des violences ou des atteintes aux biens, et interdit de se cacher le visage afin de ne pas être identifié, le ministre de l'Intérieur Claude Guéant propose la création d'une mission interministérielle sur la lutte contre ce phénomène "en repli".

Il est permis de s’interroger sur le timing de ces annonces. On peut d’abord se demander pourquoi se mobiliser fortement sur un phénomène « en repli » ? Au passage, je croyais que les affrontements à la kalachnikov avaient fait bondir les taux d’homicides en France ces dernières années…

Certes, la mise en place d'une mission interministérielle, si son objectif est d'avoir une approche globale du problème, est une bonne idée, mais elle apparaît un peu tardive, à 60 jours de la présidentielle. Et c’est un euphémisme. Cette approche aurait du prévaloir dès 2007. Et même avant.
Il faut ajouter que la définition claire de ce qu'est une bande fait défaut, et plus encore celle de l'appartenance à une bande. La définition qu’on trouve au ministère ne permet pas de suivre quoi que ce soit dans le temps : "une bande est un groupe composé au minimum de trois personnes", "elle comprend au moins un noyau stable de membres". De ce fait, on peut estimer que les chiffres sur le nombre de bandes ne reposent sur rien de sérieux. Ceux des homicides, par contre…

On ne peut que se féliciter que le ministre souhaite accumuler des éléments permettant de répondre au problème, ce que dans le jargon des polices avancées on appelle « la police orientée par l’information » Ainsi, La mission devrait s'attacher à "développer l'échange des informations (...) entre tous les services publics concernés" et serait "chargée d'observer et d'analyser ce phénomène, avec le concours des services de police et de gendarmerie, ainsi que de favoriser l'action préventive et répressive des pouvoirs publics".

Le fait d’avoir une réponse partenariale visant à traiter différentes dimensions est appelé « la police orientée vers la résolution des problèmes ». Ainsi, on mobilise la formation et l'emploi à côté de la sanction. Il est bon de rappeler que le partenariat a été développé il y a …. 30 ans. Avant d’être mis au placard des approches ringardes au bénéfice du pénal comme réponse principale. Ce retour sur le devant de la scène, c’est ce qu’assure M. Guéant, qui veut les jeunes concernés "dans un circuit d'étude et d'emploi".