La créativité des ministres de l'intérieur pour inventer des nouvelles étiquettes n'est pas tarie.

Et un nouveau type d'unité policière annoncée ! La créativité des ministres de l'intérieur pour inventer des nouvelles étiquettes ne s'est pas tarie au cours de ce quinquennat. La nouvelle annonce porte sur les patrouilleurs. Le ministre de l'intérieur Claude Guéant a annoncé ce mercredi 20 avril la création de "patrouilleurs" chargés de "donner plus de visibilité" à la police. Citation: "A la rentrée de septembre, les Français verront plus de policiers sur la voie publique et pourront s'adresser à eux", a dit le ministre lors d'un point de presse à la préfecture de Seine-Saint-Denis, à l'occasion du premier anniversaire de la prise de poste du préfet de ce département.
Quelle est donc cette invention étonnante qui mérite une annonce ministérielle ? Tout simplement, des policiers qui marchent dans la rue. Oui, vous avez bien lu, M. Guéant invente le policier qui marche (à deux dans la rue), et donne un nom à cette pratique révolutionnaire. La patrouille. Il faudrait des policiers spécialisés dans cette mission. Il y a quelques années, on parlait de l'îlotage. Mais, cette pratique mise en avant au moment de la police de proximité a vu son intitulé banni. Ilotage et proximité n'avait plus droit de paraître dans le discours politique.
Il y a quelques années encore, le "sentiment d'insécurité" était une invention de la gauche. A ranger au placard des notions obsolètes. Maintenant on s'attaquerait au bois dur du problème, à la délinquance. Une police avec un bon taux d'élucidation rendait inutile de s'inquiéter des attentes de la population. Mais aujourd'hui, qu'entend on ? Qu'il "faut lutter contre la délinquance, la criminalité, les faire reculer et créer un climat, une ambiance de sécurité, selon Claude Guéant.."
Les "patrouilleurs", circuleront "en binômes" - à pied, à vélo, rollers ou en voiture -, seront "notamment" d'entretenir le "contact avec la population", d'"observer et écouter, se renseigner, interpeller". A bien distinguer du gardien de la paix qui fait une ronde à deux dans la rue et a le devoir d'intervenir s'il constate une infraction, bien sur.
Sur le fond, afin de lutter contre le sentiment d'insécurité, il convient de donner "plus de visibilité à la police" et la rendre plus accessible (qu'on puisse s'adresser aux agents pour reprendre ses mots). Le ministre n'a pas tord. A un détail près: il faut exclure la voiture des modes de patrouille. En effet, la police visible en voiture ne diminue pas le sentiment d'insécurité, et en fait tend même à l'augmenter. C'est là que le bat risque de blesser: faire patrouiller les agents à pied, surtout le soir au frais, ou encore dans des lieux chauds, ne sera pas chose facile pour la hiérarchie. Ni chose aisée pour les agents eux-mêmes.
Sur la forme, il est assez difficile de se laisser prendre à une énième annonce du dernier en date des ministres. En effet, pour mémoire, en août 2010, le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux annonce donc la formation de brigades spéciales de terrain (BST), promises sur le terrain pour septembre.Les brigades se voulaient faites de « fonctionnaires expérimentés, travaillant en tenue d'intervention ».
Fallait-il les supprimer car désormais leurs objectifs étaient obsolètes et donc revus? La première BST avait été installée en Seine-Saint-Denis. Son objectif était de «mettre fin à la délinquance et rétablir le lien avec la population». Ne serait-ce pas, par hasard, exactement ce que vient de dire M. Guéant ? Et cela à peine neuf mois après les annonces du ministre de l'époque, M. Hortefeux. Il annonçait que ces policiers ne seraient pas « des policiers d'ambiance et des éducateurs sociaux », ni « des grands frères inopérants en chemisette qui font partie du paysage. » M. Guéant réfute lui aussi tout lien avec la maudite (en hautes sphères, mais adulée sur le terrain) police de proximité.
M. Hortefeux lui-même avait annoncé ses BST pour remplacer .... les UTeQ (unités de quartier, ne pas dire de proximité). Qui avaient exactement les mêmes objectifs. Pourtant, le 24 juin 2010, Brice Hortefeux avait annoncé le quasi-doublement des UTeQ, au nombre de 34, après un débat entre la majorité et la gauche réclamant le rétablissement de la police de proximité supprimée à grands bruits par Nicolas Sarkozy en 2002. Explication ? Nicolas Sarkozy, lors de son discours de Grenoble du 30 juin 2010, a annoncé une « guerre nationale » contre les « voyous ». Bon élève, en août 2010, le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux annonce en écho la formation de brigades spéciales de terrain (BST). Oubliée, la promesse de juin: «Je vais en augmenter le nombre de 26», s'était engagé Brice Hortefeux. De là à penser que ces annonces ont avant tout une fonction politique, et bien marginalement une fonction de sécurité pour les citoyens, il y a un pas que seul le lecteur pourra franchir s'il le souhaite.
Les UTeQ avait elles-mêmes été annoncées le 11 avril 2008 sous son prédécesseur. Qui souhait qu'elles fassent de la proximité (sans le dire). Cette année là, la ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie les lance en Seine-Saint-Denis. Au Parisien, elle confie: "Tout d'abord, il ne s'agit pas de la "police de proximité" mais d'une "police proche des gens" (lors de l'annonce, le 14 janvier 2008 à l'INHES). Elles sont composées à ce moment d'une cinquantaine de gradés, tous volontaires, ayant au minimum quatre ans d'ancienneté, rompus « à l'activité en milieu difficile, assurant une présence permanente active, visible et dissuasive » selon la ministre. "Cette expérimentation, menée dans les quartiers de Saint-Denis, La Courneuve et Clichy-Montfermeil pourra ensuite être étendue". La mission est de "lutter contre l'économie souterraine issue du trafic de stupéfiant et rétablir un lien de confiance entre la police et la population", de "Créer un pacte de confiance entre la police et la population". Une centaine d'unités sont annoncées, à un horizon de deux ans, avec une vingtaine de fonctionnaires à chaque fois. Elles auront durées un an et demi, sur le papier. Sans jamais atteindre les modestes dimensions voulues. De là à dire qu'on fait des annonces sans tenir les promesses...
Après les UTEQ1, les UTEQ2, les Brigades Spéciales de Terrain, voici les patrouilleurs. Toutes ces polices ont les mêmes objectifs, les mêmes moyens (dérisoires par rapport à leur tâche), la même urgence de faire croire que quelque chose va changer très vite. On attend maintenant le prochain nom donné à la police qui fait du terrain.